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Engagement social en Thaïlande
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Le déroulement des choses

27-28.10.2007: 
AFS a organisé un week-end à Beinwil am See, réunissant tous les participants à un programme social à l'étranger. Au programme: 
-présentations, sensibilisation aux préjugés, à l'exclusion, à la communication et au choc culturel. 
-Présentation du pays d'accueil 
-Rencontre avec des "revenants" ;) 
 
Un week-end très sympa, grace à l'ouverture et à la sympathie de chacun. Salutations particulières à Iris, Judith, Sabina, Aurélie, l'ami fribourgeois, Martin (Viel Glück fur deine Prüfungen!!! ;), c'te sacrée équipe de Zurichois (Männlich aber... korrekt!) et tous les autres du samedi soir (hem)! 
 
Moralité du week-end: Pour un bon séjour il faut être "Viril, mais correct!". Merci Zürich! 
 
29.10.2007: 
Les grands préparatifs continuent. Encore quelques soucis de visas et de paperasse, mais les vaccins sont faits, les habits grosso-modo aussi. Tout sera prêt mercredi matin pour le début de l'aventure! 
L'anxiété devient difficile à gérer. 
Allez, pas trop de préjugés et let's go! 
 
01.11.2007: 
Je suis bien arrivé à Bangkok. Des détails suivront quand j'en aurai le temps. 
 
 
04.11.2007: 
Les deux jours a Bangkok etaient sympa grace a Somnuk, le manager d AFS. Ca fait plaisir de causer anglais! Nous avons visite le Grand Palais et fait une balade de nuit dans le centre de Bangkok. 
Il s agit d une ville tres chaude! Les gens roulent n importe comment, on se fait sans arret aborder pour acheter des trucs debiles. L atmosphere est tres polluee et tres humide. Je choisirais plutot Paris que Bangkok pour passer mes vacances... ;) 
Vendredi soir, AFS m a reserve une place dans un train de nuit pour Lamphun. Impossible de dormir, mais sympa vu qu il y avait plein d Europeens (qui causaient anglais!). 
Me voila donc a Lamphun ou j ai rencontre la famille d accueil. Premier contact agreable et premieres galeres. En fait ils ne parlent pas bien l anglais. C est difficile de communiquer. Plusieurs meres, pleins de freres... j ai encore de la peine a comprendre leur structure familiale. 
Mais bon... j ai pu dessiner un arbre genealogique de leur famille avec les noms que je dois utiliser (Oui, parce que les gens ne s appelent pas de la meme maniere en fonction de qui ils sont!) 
La qualite generale est nettement inferieure a chez nous. L hygiene ne semble pas etre ce qui les preoccupe le plus. (On est quand-meme bien, en Suisse!!!) 
Cote boulot, ca devrait se preciser aujourd hui. A priori, ils sont assez flexible. Il semble qu il y ait pas mal de boulot a l ecole. On m a parle aussi de l hopital. On verra... 
En resume, ces premiers jours sont tres difficiles pour moi puisqu il faut gerer un choc culturel important et trouver des reperes. Tout est encore tres confus, je ne comprends pas grand chose. 
Alors, ca avance... 
 
06.11.2007: 
AVERTISSEMENT: Pour ne pas m'attirer trop de (disons:) péripéties, je vais éviter de parler de mes relations. Les indigènes doivent pouvoir traduire le français. 
 
06.11.2007 b: 
Ahhhhh enfin un début de boulot! Aujourd'hui, j'ai présenté la Suisse (et ma famille, amis, etc... !) aux classes d'anglais de l'école du bled. Je vais y enseigner l'anglais, le français et peut-être des branches techniques comme l'informatique ou l'électronique. L'idée, c'est de pouvoir apprendre le béaba du Thai parallèlement. (Comme les anglophones, ça ne se trouve qu'à l'école...). 
Donc un mois avec ces classes d'ado en uniformes, qui se mettent debout et hurlent un 2.5kHz dont mes timpans saignent encore, en guise de bienvenue, au début de chaque périodes. 
Je vais essayer de m'intégrer dans le "Marching Band" du campus. Ca me permettrait de passer une semaine à Hong-Kong à Nouvel An. Taré, non? 
Dès le mois de décembre, il semble qu'il y ait du travail pour moi à l'hopital. Ils feront ce qu'ils peuvent pour me placer aux urgences. Attention, ça va saigner!!! 
Sinon, du côté famille d'accueil, c'est un peu compliqué. Choc culturel oblige. Nous prendrons l'avion pour Bangkok autour du 17, je crois, pour fêter un mariage. 
 
12.11.2007: 
Vous pouvez voir des photos sur http://jeremyalest.spaces.live.com 
 
12.11.2007: 
Le point de cette première semaine en Thaïlande : 
 
Côté logement, je vis dans une maison avec une famille constituées de deux enfants et leurs parents. Tout se passe bien avec eux, mis à part quelques petits problèmes de communication anodins. Ils sont très gentils et amusants. 
Mais voilà, en Thaïlande, il semble que la sœur d’une mère constitue une deuxième mère et ainsi de suite, dans la même logique. Il semble aussi qu’on aime prendre soin des autres et les intégrer dans leur famille jusqu’à les appeler « fils » et se faire appeler « mère », « père », « frère » sans que cela soit le statut réel. 
Je me retrouve donc avec deux fausses mères, deux faux pères, des faux grands-parents et des faux frères et sœurs. Quasi chaque jour il y a un nouveau membre dans ma fausse famille Thaïlandaise. Ca parraît comfortable, hein ? 
Et bien pas pour moi ! Quand je vous disais que le Thaïlandais standard aimait prendre soin d’autrui, etc… etc…, c’était sans dire qu’il le considère aussi comme un enfant ! Du coup, l’hospitalité peut virer à quelque chose de plus compliqué. Ca devient vite étouffant. 
J’ajoute à cela que, pour moi, la famille, c’est sacré, il n’y en a qu’une seule et vraie dans mon cœur, c’est celle qui m’attend en Suisse. D’où un certain malaise à devoir appeler « père » ou « mère » des gens qui ne le sont pas du tout. 
Donc voilà… j’ai un sérieux problème avec la sœur de la mère d’accueil qui me demande sans arrêt si je suis content, qui me touche sans arrêt le bras ou la tête (c’est pas ma mère, purée !!!) et une fausse grand-mère qui dit que je lui manque (mais c’est quoi ces histoires, on a presque pas parlé, on ne se connaît pas, on n’est pas de la même famille, pas même amis… Ce soir, elle m’a encore demandé si elle m’avait manqué. Vous voyez la couche.). 
J’ai le sentiment qu’on essaie de me contrôler illégitimement, de poser des barricades qui n’ont pas lieu d’être autour de moi, l’impression d’être avec des gens en manque de quelque chose. 
Une dispute pourrait bien éclater si cela continue. Ce serait dommage, car je suis persuadé que le respect ne passe pas nécessairement par l’assujettissement. 
Il y aura encore du nouveau cette semaine, puisque je descends à Bangkok du 16 au 20, avec cette fausse famille, pour des promotions et un mariage. 
 
Côté boulot, j’ai eu l’occasion d’entraîner la prononciation de quelques classes de français et de présenter la Suisse et ma culture à des classes d’anglais. Avec les collègues, tout se passe plutôt bien. Ma conseillère AFS est professeur d’anglais, nous parlons donc ensemble très souvent. Les autres enseignants sont très gentils aussi. La prof de français un peu trop, qui voudrait être aussi ma mère (y en a marre…). 
Je poursuis donc le mois de novembre dans cette école sympathique. J’essaierai de leur dessiner un plan pour la sonorisation du hall, en projet. 
Dès le mois de décembre, on me parle d’un travail à l’hôpital. 
 
Depuis une semaine, la Thaïlande me montre ce qu’elle est aussi. Je la connaissais bien mal. Elle n’est pas si pauvre que ça. 
Ca sent l’inspiration américaine à plein nez. Du gigantisme, de la société de consommation, de la soupe, on en trouve plein dans les « department stores » où les gens aiment faire leurs courses et passer leurs après-midis dans des cinémas et fast foods. Des évènements publicitaires appuyés par de la grosse star, ils connaissent bien aussi. 
A la maison, les gens possèdent internet. Le téléphone portable sonne toutes les 5 minutes, pendant que les enfants regardent Die Hard 4 (d’un DVD qui a été vendu sans les droits d’auteurs) alors que le père rentre tout seul du boulot en pick-up 4x4 climatisé. Heureusement qu’il y a top model à la télé avant de se coucher… 
Vous l’avez compris, je ne savais pas que la société de consommation s’était si bien développée au delà de l’occident. Dites à Al Gore qu’on est pas dans la M. 
Pour sortir quand-même un peu de positif de ce pays, il faut admettre que la cuisine est très bonne. Les gens qu’on peut croiser dans la rue sont aussi, en général, très gentils. 
Toute cette culture thaï et ce pays ne m’enchantent guère. Mais je précise que ces constatations n’engagent que moi. 
 
Ce choc culturel, cette expérience, cette aventure, éveille bien des émotions en moi. Parfois la différence ou l’incompréhension m’énervent. D’autres fois, je suis fier de faire cette expérience. 
Mais par dessus tout, j’ai le mal du pays. Jamais, je ne m’étais senti aussi Suisse qu’aujourd’hui. Je me rends compte de la qualité de ce qu’on a, des conditions dans lesquelles on vit. La distance avec les gens que j’aime me montre chaque jour à quel point je les aime. Ma famille, mes amis, vous ! 
 
Il semble qu’il y ait eu un malentendu entre AFS et moi. Je ne crois pas que la Thaïlande ait particulièrement besoin de jeunes volontaires comme moi. 
Le programme AFS s’apparente pour l’instant à un échange culturel pendant lequel vous pouvez tâter différents domaines. A mon sens, il ne s’agit pas du tout d’une aide humanitaire internationale. Donc, grosses déceptions. Je ne suis pas venu pour apprendre une culture, mais pour aider, travailler… 
Alors je continue le programme en essayant de sensibiliser les écoliers au réchauffement de la planète jusqu’en fin janvier 2008, moment du retour, ou alors, je rentre en Suisse plus tôt que prévu parce qu’ « Autant aider les gens qu’on aime le plus. » 
Telle sera la question de ces deux prochaines semaines. 
 
13.11.2007: 
Bon... Je vais m'accrocher. C'est une expérience, et elle vaut sûrement la peine d'être vécue jusqu'au bout. 
Hier, quelques étudiants m'ont invité à manger avec eux à midi et j'ai découvert qu'il y a des gens modérés aussi. Un d'eux m'expliquait que pour eux aussi, l'hospitalité pouvait peser lourd. 
J'ai passé un bon moment avec eux. Ils m'ont fait goûter pleins de trucs. C'est vraiment délicieux ce qu'on trouve ici. 
J'ai aussi appris beaucoup de choses sur les particularités morphologiques des thaïlandais des différentes parties du pays. (J'ai aussi appris comment reconnaitre un transsexuel!!! Ils ont une place plus importante que chez nous, dans la société. Je me rends compte qu'il y a pas mal de gai dans mes classes.) 
Quelques étudiants portent des uniformes militaires. Ce sont des "jeunes soldats". Le "général" est un type du sud très souriant, la tchatch anglaise. Il a bien des leçons à donner à certains militaires. Il disait qu'on pouvait être un guerrier tout en gardant un grand coeur. (Pour info, je sais qu'il n'est pas gai. ;)) 
Côté boulot, j'ai proposé d'organiser un workshop en anglais sur le réchauffement climatique. Il y a de l'intérêt, ça se met en place. 
Et du 27.12.2007 au 3.01.2008, je serai en Chine. Au programme: Hong-Kong, Chenzn, Macau. 
 
13.11.2007: 
L'école m'a demandé de créer un site web pour les affaires internationales de l'école. J'apprends des nouvelles choses! http://www.sby.ac.th/~inter/ 
 
14.11.2007: 
-Tiens, goûte, goûte. 
-Euh... mais... il est plein de fourmis. 
-C'est pas grave. 
-... 
-Tiens! 
Oui, oui, des petits déj' un peu coriaces certains jours. Ma foi, faut nettoyer ce qu'on mange. 
Et c'est pas tout, on les trouve aussi sur son bureau et au lit, ces petites bêtes-là. 
J'ai passé ma soirée d'hier avec une équipe de l'école au resto. Pleins de trucs bon à manger, mais rien de compréhensible dans leurs propos. Je dois faire attention à ne pas trop grossir. Ici, les gens n'aiment pas la faim. 
Il parait qu'il neige, en Suisse! Ah j'ai envie d'une bonne fondue avec vous... Argh! 
 
A l'école, je poursuis mes cours de français. Il y a des classes vraiment ch...tes. Les exercises qu'on me demande de leur proposer sont sûrement en cause. Mes supérieurs-profs ont certainement aussi leur part dans l'affaire. 
Ce soir, 27 élèves ont participé à mon workshop sur le réchauffement climatique. On continue demain. Mais attention, il semble qu'un jeune Européen les intéresse plus que l'avenir de la Terre. (Difficile de s'aventurer dans les couloirs sans se faire tirer dessus à coups d'"I love you" suivis de raffales carrées à 2,5kHz.) J'ai donc joué ma meilleure carte: ils croient maintenant à une petite amie en Suisse. Haha! 
Reste plus qu'à trouver une photo potable de Björk pour illustrer la chose. 
 
Il y a plein de messages sur le livre d'or et ça m'aide beaucoup. Ici ça peut aller, mais les gnocchis, fondues et raclettes en tout genres m'appellent plus que jamais! Dure, dure. 
 
21.11.2007: 
J'ai mis un nouvel album photo en ligne! Bientôt, j'y ajouterai des photos de mon séjour à Bangkok du 16 au 20.11. 
 
21.11.2007: (Ecrit le 20.11.2007) 
Des troncs de fers à bétons rouillés, érigés à 20 mètres de haut. Des lianes enroulées autours. Des autoroutes tout autour. L’entreprise A est vainqueur. Elle a su construire sa route avant l’équipe B. Tant pis pour elle, pari manqué. Banqueroute. Une œuvre inachevée en plus au cœur de Bangkok. Une ébauche qui suggère un visage à la ville, imperceptible. 
Prends-toi un coin et fais-en ce que tu veux, comme tu peux. Enfin, mais qui a parlé de plans directeurs? Parce que tu sais où t’es ? 
Vas-y, roule, ça passe ou ça casse. Ne regarde pas trop en arrière, il y a encore de la place. 
C’est beau ? T’en as plus qu’envie ? Mais achète ! 
 
Entre haine guerrière et amour profond, honte et fierté, sérénité et impatience, reconnaissance et frustration, détermination et doute, dégoût et envie, tout est mêlé dans ma tête. Une vraie nature humaine. A se demander à quelle sauce on se drogue d’ « objectivité ». 
Foutons en un peu dans cette marmite fumante. Faut me diluer tout ça, y flanquer une couleur : 
 
-Non, pas maintenant. 
 
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Sanuk, sanuk (fun), qu’elle veut que j’lui dise. « Il y a des fous partout », j’aurais envie de lui répondre. 
Alors, je balance de la distance. Comme une grenade. (Question de nature humaine, pardon.) 
Pour aller où ? Mais juste à côté, voyons. Parce que la différence culturelle a bon dos, mais ne la chargeons pas trop non plus ! Il y a des fous partout, mais aussi des gens excellents. En milieu inconnu, je n’aime pas me casser la nénette trop longtemps avec ces fous. Les autres sont là aussi. 
Donc ne faites pas de mes dires des généralités sur la Thaïlande. Ce n’est qu’un territoire avec des gens de tout type. 
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Fin du délire. 
 
21.11.2007: 
Oui, je reviens donc d’un petit séjour de cinq jours à Bangkok (du 16 au 20.11). Motifs : promotions universitaires et mariage. 
Départ donc vendredi de Chiang Mai. Une heure d’avion sans fous (ou plutôt sans folle). Très reposant. Forêts et montagnes au Nord et des zones rurales de plus en plus plates en descendant sur Bangkok. 
Sur place, on s’est entassé dans la maison de leur famille à Bangkok. Première nuit infernale, deuxième nuit avec des boules qui est-ce ! 
S’en suivi une journée particulière puisqu’il s’agissait des promotions d’une des filles de la famille. « Bachelor » en droit. 
Les étudiants mettent donc leur costumes de bacheliers et s’élancent vers tous les décors de « congratulations » pour des parties de photographies interminables. Une avec la sœur, une avec celui-là et encore une autre avec ceux-ci. Allez, on recommence plus loin vers l’autre décor… Oui, un peu fatiguant. Et encore, je n’étais pas à la place de la promue qui devait souffrir méchamment de crampes aux zygomatiques.  
Une fois l’événement immortalisé, l’attente s’est poursuivie dans les shoping males de Bangkok. (J’avais le choix entre les centres commerciaux ennuyeux ou un après-midi avec l’autre hystérique de service…) 
La journée s’est terminée dans un restaurant chinois pour le repas de promotion de « Pee Ruan », fort sympathique demoiselle. J’ai fait aussi la connaissance de quelques autres personnes très intéressantes. Mais il ne faut pas trop faire boire les thai. Je ne vous dis pas l’euphorie autour de notre fameux « Santé ! » à la Suisse. On se serait cru au cirque dans ce resto. 
Repos bien mérité le lendemain, dimanche, en une petite excursion au bord de l’océan ! Un avant-goût du Sud qui me laisse imaginer pourquoi tout le monde va à Phuket ! 
Journée tout à fait culturelle lundi, puisqu’il s’agissait de célébrer un mariage. Tout est très différent de chez nous, ici. Ca n’a rien de religieux et ça se fait dans un premier temps (le matin) dans la maison des mariés avec pleins de rituelles et dans un deuxième temps (le soir) en une immense fête. En l’occurrence, ça s’est donné dans une énorme salle de l’armée avec, je pense, 200 - 300 personnes. Grand repas chinois, chanteuses, présentations powerpoint (un peu comme on connaît), vraies tenues de soirée, maquillages soignés et fin du spectacle à … 21h ! 
Il faut dire qu’à part ceux utilisés pour la cuisine, les ingrédients pour faire la fête sont de très mauvaises qualités : Bières infectes (mais buvables, ok). 1 cl de Whisky dilué dans 3 dl d’eau. Musique atroce, de la vrai soupe, pure M de la step (Je ne parle pas de la musique traditionnelle que je ne jugerai pas et qui ne se fait pas beaucoup entendre.). Enfants exécrables et parents impuissants. 
Il n’empêche que j’ai pu rencontré encore des gens très sympas. Mais tant pis… au dodo ! 
Retour donc sur Chiang Mai dans la journée, by plane. 
 
A l’heure où je vous écris ces lignes, la journée de travail est terminée. Journée un peu dure où la solitude et le manque du pays me saisi, malgré un petit « cadavre-exquis » avec les élèves. 
J’essaie de me focaliser sur des objectifs proches pour ne pas péter les plombs. Donc prochaine échéance, le début du mois de décembre pour commencer, en principe, à l’hôpital. Tout est finalement question de patience. 
 
Aujourd’hui j’ai reçu encore beaucoup de messages de votre part. Merci infiniment, vous êtes au plus profond de mon coeur ! 
 
28.11.2007 
Des news de Lamphun – Pasang – ChiangMai ! 
 
Le week-end passé, la Thaïlande fêtait le festival Loy Krathong. Devant la plus part des maison, de petits tas de sable sculptés au mieux, avec quelques bougies soigneusement plantées et deux jours de fêtes très particulières.  
Samedi soir, expédition à Chiang Mai. La ville était bondée de touristes et de thaïs de toute la région qui venaient allumer leurs feux en tous genres. Des sortes de montgolfières en modèles réduits papier s’ajoutaient aux lueurs des étoiles, tandis que les bougies des mini-radeaux déposés dans le fleuve répondaient au ciel comme un faux miroir. 
Et dans la rue, les pétards des jeunes détonnaient à la lumière des feux d’artifices. 
Dans le feu de l’action, des chars trimbalant décorations kitchs et sonos surfaites et des fanfares pires que des Gugen essayaient, appuyées par les flics, de se faufiler un chemin dans la foule. 
Alors on regarde tout ça depuis le trottoir, avec un verre de whisky (proportions : 1cl de Whisky pour 3dl d’eau, comme d’hab) et des petits insectes grillés tels que sauterelles, vers à soie et j’en passe (Un seul specimen de ces « frillandises » m’a largement suffit… hem !). 
Soirée intéressante et un peu fatigante. Retour sur Pasang (là où vit la famille d’accueil) aux alentours de 23h. 
Le lendemain, samedi soir, rebelotte mais à Pasang-même cette fois-ci et en d’autres couleurs. Nettement plus villageoises. 
Les gens s’étaient réunis devant le temple, la place des pétanqueurs (si si, je vous assure!) pour sculpter le plus beau tas de sable possible. Sept en tout, un pour chaque jours, et séparés en deux villages. 
Tout autour, des stands de boissons et de bouffe pour alimenter la fête, un tas d’habitants du village dont beaucoup d’ivrognes et une scène à la sono surfaite (pour changer) pour du karaoké et de la danse. Pour l’anecdote, les chanteuses, danseuses et sculpteurs de sable ont été évalués par un pseudo-jury et c’est moi-même (« Jérémy Rodeschini from Switzerland ») qui ai remis le prix de la meilleure chanteuse!!! 
Soirée sympa, donc, pendant laquelle j’ai bien fêté avec les gens. Pleins de potes. Il y avait même un couple d’américains, c’était vraiment chouette. 
 
Lundi après-midi, j’ai passé mon premier jour à l’hôpital ! Arrivée haute en émotions puisque le premier patient dans mon champ de vision subissait un massage cardiaque « comme à la télé ». Aucune idée de sa suite. 
Quelques visages ensanglantés plus loin, les admissions et un brin après, contrôle du pouls et de la pression sanguine pour les patients non-urgents. L’endroit où j’ai travaillé l’après-midi à prendre ces mesures et pousser des brancards. (Un peu glauque lorsqu’il faut prendre la pression d’une personne âgée qui n’a plus que la peau sur les os. « Comme à la télé ! ») 
Le poste est intéressant pour moi, puisque je peux apprendre et pratiquer le thaï, apprendre pleins de trucs sur la médecine (C’est vachement intéressant !) et surtout, surtout travailler plus qu’à l’école ! 
Ma conseillère AFS me dit que je devrais pouvoir travailler dans différents services comme la physio, la pharmacie et la rescue team (sorte d’ambulance). Ce serait vraiment génial ! 
 
Les prochains évènements annoncés: 
-Week-end dans la jungle avec quelque chose comme une troupe scoot de l’école. 
-5 décembre, fête du Roi (qui a 80 ans, cette année) (qui est à l’hôpital actuellement) (congé le 4 décembre… pfff… je vais m’emmerder.) 
 
Mes semaines s’écoulent relativement bien tant qu’il y a du boulot. Je commence simplement à en avoir assez de cette école dont les élèves… et les professeurs ne sont pas vraiment excellents (surtout en matière d'assiduité et de structure, respectivement) où on attend de moi plus de fun que d'enseignement. (Pour rappel, ma motivation pour ce séjour était humanitaire et non « fun ».) Mais comme je vais maintenant passer du temps à l’hôpital, ça devrait compenser. 
Quant aux week-ends, les journées sont longues puisqu’il n’y a rien à faire. Mon Malaussène est terminé, il ne me reste plus beaucoup de littérature. Je dois essayer de trouver du taf et sortir une deuxième fois en vélo. 
En gros, les changements de travail à venir sont les bienvenus ! 
 
Je pense bien à vous pour le rush de fin d’année qui va commencer. Mais n’oubliez pas que ce sera aussi l’Avent et qu’un verre de vin chaud avec les voisins sur la place du village (Oui, exactement, avec des moufles et un bonnet sur la tête !) est le meilleur déstresseur ! Pensez à moi en le savourant ! 
 
A bientôt! 
 
11.12.2007 
Il s’en est passé des choses, depuis le 28 novembre ! Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour vous écrire, mais il y a beaucoup de choses à raconter ! Commençons par ce week-end dans la jungle, je crois que beaucoup de monde veut savoir : 
Il s’agissait en fait d’un camp scout avec une petite centaine d’élèves de l’école. L’objectif était une forêt sur une sorte de montagne dans la région de Lampang. Rien à voir avec la jungle profonde, mais la couleur y était quand-même. On peut presque en dire autant par rapport au scoutisme du camp : à peine arrivé, voilà que des 4x4 déchargeaient leurs mètres cubes de glacières remplies de nourriture et de glaçons pour l’eau à boire, leurs vingtaines de néons pour éclairer tout le camp dans la nuit, leurs deux projecteurs halogènes pour illuminer … le foyer, et une sono avec ordinateur et tout ce qui va avec pour faire un karaoké. Le décor est posé. 
Divers activités étaient prévues : atelier nœuds, concours de cuisine (dont les riz natures étaient tous aussi natures les uns que les autres…), soirées à brailler des âneries dans leur sono, musique horrible au taquet et tyroliennes en tout genre pendant la nuit (des trucs fastoches pour un vrai scout !). Une marche vers le un camp d’éléphant m’a permis de brûler une part des calories qu’on s’enfile dans se pays ! Ca faisait vraiment du bien de marcher un peu ! Par contre, rien de très intéressant avec ces éléphants-là, si ce n’est la prouesse des dompteurs à leur avoir appris à shooter dans un ballon et à faire une révérence… hem. 
Mes relations étaient un peu compliquées pendant le camp, puisque, encore une fois, il a fallu que quelqu’un me prenne pour un bébé. Il s’agit de la prof de français qui a complètement pété les plombs : fais ci, fais ça, mange si, mange beaucoup, bois ci, bois pas d’alcool avec les profs, dors, arrête de travailler (après à peine 15 minutes de labeur). Insupportablissime. 
Et du côté des autres profs, ils étaient bourrés au whisky et passaient leur temps à hurler des gags en thai au micro et écouter leur karaoké infernal. 
J’ai donc beaucoup aidé à préparer la cuisine, pour éviter l’ennui… Et après, une bonne douche glaciale et au dodo dans une tente trop petite pour moi tout seul (ça, c’est scout !). 
Quand-même quelques jolies découvertes : des paons sauvages qui déambulent et volent à travers la forêt, des araignées un peu plus grande que ce qu’on voit en Suisse dans des toiles bien différentes aussi et, attention attention attention… un scorpion de 15 cm écrasé à 50m de ma tente ! Vous en verrez la photo bientôt ! 
Le grand moment du week-end : mon « évasion » à Lampang avec un petit groupe de prof pour visiter le comptoir de la porcelaine (Et oui, il y a des moments où on s’intéresse à tout pour éviter autre chose.) et … téléphone de ma sœur, Myriam, dans le plus grand moment de solitude! Emotions et apaisement, merci frangine ! 
Un petit camp intéressant. Mais pénible aussi, parole de scoute ! 
 
Mon frère a laissé un message sur le livre d’or, qui résume précisément ce que je vis: Tout ça ne me plait guère, mais c’est extraordinairement instructif sur beaucoup de plans. Précisons aussi que je ne laisse passer aucune occasion de découvrir quelque chose de nouveau. Je ne m’isole pas dans mon coin et je crois toujours à mon objectif humanitaire, à la possibilité d’aider. 
 
Il y a tant à écrire ! Je n’ai couvert que le quart du plan de ce que je voulais vous dire. Je continuerai demain, avec mes aventures à l’hôpital, pas tristes non plus. 
 
12.12.2007 
Donc, parlons hôpital. La ronde des services à laquelle je m’attendais s’esquisse gentiment. J’en ai déjà appris beaucoup, et mon aide a été utile dans certains services. 
 
Ma première tâche, et la plus récurrente, consiste à mesurer la pression sanguine et le pouls des patients. Cela se fait à l’aide de différents appareils plus ou moins automatiques. Il y a bien des fois où il faut sortir le bon vieux manchon et la grande jauge de pression, pour écouter les pulsations avec le stéthoscope. (Sandra, si tu vois de quoi je parle, pourrais-tu me donner le nom de l’engin, s’il te plaît ?) Et là, je ne vous dis pas la tête des patients, quand après leur avoir comprimé le biceps pour la troisième fois à 300 mmgH, vous dites à votre chef : « Heuh… j’entends rien dans cette j_(*Rç=N de veine. » 
J’ai donc martyrisé environ 100 personnes atteintes du Sida, 200 tuberculeux et presque autant de personnes souffrant de troubles divers, dès leur arrivée aux admissions. 
 
Un peu plus loin, à l’Orthopédie, les infirmières ont encore osé me confier leur patients pour ce genre de mesures atroces. Mais très vite, j’ai passé en mode « observation » aux côtés du docteur qui doit traiter environ 100 patients chaque matin (le super man des infirmières) (J’appelle encore Sandra pour qui il y aurait du boulot !). Contrôles des cicatrices, tâtonnements, indice de douleur, rendez-vous pour chirurgie. Seulement pour ceux qui en veulent, car encore beaucoup de monde en ont peur et préfèrent se faire graisser les articulations tous les 100 kilomètres, à coup d’injections d’huile 10/40 au travers une aiguille de 5 cm plantée directement et entièrement dans les genoux, épaules, poignets (le plus horrible à mon avis) ou vertèbres. 
En effet, en Thaïlande, beaucoup de problèmes se révèlent à 50 ans au niveau du squelette. Culture oblige, les gens se retrouvent à genou au temple, assis pas terre pour les repas, accroupis au travail, bref… les genoux fatiguent, enfin ! 
On rencontre également des tas de problèmes au dos, qui nécessitent des reconstruction de la colonne vertébrale, entièrement parfois ! 
Le port de mauvaises chaussures entraîne aussi une foule de pieds déformés. Ca fait mal à regarder. 
 
Sans transition ou presque, puisqu’il en faut bien après un traitement orthopédique, je passe à la physiothérapie. Pas de travail pour moi ici - ce serait bien méchant pour les patients - mais une présentation bien complète du service. C’est-à-dire explications des différentes thérapies : ultrasons, tractions diverses et micros-ondes (Il faut se tenir au minimum à 5m de la machine, mais l’ergonomie des lieux nous empêche d’y être à plus de 2m. Tout va bien !). Et une visite des patients atteints de paralysie, Parkinson (orthographe, pardon) et autres, ou « simplement » en réhabilitation. Il y a eu quelques moments forts pendant les quels j’ai pu voir la joie des petits progrès de battants, ou le désespoir de patients et de leurs familles fatigués. 
J’ai trouvé cet aspect du métier vraiment beau. Il y a comme un lien entre l’état d’esprit du patient et son corps. Un mélange de psychologie et de médecine. Ca m’a rappelé le courage de mon père durant ces longs mois à la SUVA, et le résultat qu’il en a obtenu ! Bravo P’pa, t’es quand-même une star ! 
 
Vendredi dernier, bran le bas de combat dès 7h à l’hôpital, pour préparer seringues, bocaux à urines, prospectus et différents appareils de mesure. Direction Chiang-Mai avec la marketing team (Enfin, pourquoi ça s’appelle comme ça ???), mission : check-up des 27 juges de la province. 
Une petite nausée naissante. 
De légers frissons parcourant lennnnntement ma colonne vertébrale. 
La chaleur qui s’installe gentiment dans ma tête. 
Très vite, les étoiles. 
Et finalement le voile blanc. 
Pourtant tout ce qu’on me demandait, c’était de mettre un sparadrap sur le bras des patients. J’ai rien pu faire contre, 30 minutes de prises de sang c’est pas mon truc. (Je m’y entraîne encore ! Faut se cramponner !) 
Je me suis donc contenté de prendre la pression et le pouls des juges pour le reste de la séance. Mais ça n’est pas fini ! 
N’oubliez pas que les thaïs aiment la distraction : Nous sommes dans un tribunal, on ne pouvait que s’attendre à une audience ! Moi qui n’osait pas prendre en photo les familles en attente à l’extérieur des salles, par respect, voilà que je me retrouvais au cœur d’une audience avec une troupe d’infirmières excitées. 
Pour moi, il y avait vraiment un décalage entre notre présence et la nature de la situation : Une curiosité mal placée. 
Deux juges tournant le dos à un imposant marbre gravé, la script toute petite à gauche, un flic et un jeune homme au milieu de la salle, s’appuyant sur la petite barrière en bois de l’accusé, devant ses parents assis dans la salle. Pas d’avocat. 
Les juges blablatent, l’accusé écoute, les juges partent, tout le monde attend. 
L’aiguille des secondes avance fermement, bien décidée. C’est la seule qui parle dans la salle. Le flic tient paternellement le bras d’un corps crispé, raide. Le jeune homme a les sourcils froncés, il semble qu’il prenne profondément conscience de ses actes. 
Ses parents ne sont pas franchement inquiets, mais bien au clair sur ce qu’il se passe, dépités chacun à sa manière. Le père boude, il a le regard crispé sur ses pieds, honteux. La mère fixe le marbre du fond avec un léger sourire de compassion et de désolation. 
Tout le monde debout, un juge réapparaît seul. La main du policier se crispe sur le bras du jeune homme. 
Verdict en thai. 
Le jeune homme qui titube, quitte la salle accompagné du policier et de ses parents. 
… Le juge adresse quelque mots aux infirmières qui éclatent de rire en cœur avec le juge, c’est la fin de l’audience. Comportement déplacé ou différence culturelle ? J’ajoute ça à ma liste d’incompréhensions. 
 
Il y en a encore pour vous ! Et c’est toujours sur mon travail à l’hôpital. Je continue demain ! 
Santé, puisque vous avez un verre de vin chaud dans la main ! 
 
14.12.2007 
Hier soir, j'ai préféré passer mon temps sur le net à savourer la défaite de Blocher (Je suis encore plus fier d'être Suisse! Fier de notre Assemblée nationale!) donc j'écrirai plus tard, quand je trouverai le temps. Mais ne vous inquétez pas, ça vient! 
J'ai aussi ajouté des photos sur Loï Krathong (il vous suffit de cliquer sur l'album et de faire marche-arrière), et un nouvel album arrive gentiment! 
Bon week-end! 
A bientôt! 
 
20.12.2007 
Pour bien s’entendre avec le personnel médical et passer des journées intéressantes, tout est question de balance entre travail et observation. 
On m’a donc lâché un après-midi à la pharmacie où j’ai rencontré une équipe jeune et dynamique (parfaite pour Adecco) qui m’a présenté les différents aspects du métier au travers d’une visite des unités pharmaceutiques de l’hôpital. C’est-à-dire laboratoires de fabrication des médicaments (certains sont trop chers « prêt à l’emploi »), stock de tous les consommables de l’hôpital (une logistique sérieuse) et finalement la centrale où les prescriptions sont préparées et délivrées aux patients, l’endroit où j’ai passé quelques jours.  
Mon travail n’était pas bien compliqué puisqu’il s’agissait de déballer des paquets pour conditionner les médicaments différemment, ou, pendant les heures de pointes, transmettre au dernier contrôle les médocs préparés à la hâte, dans l’ordre pour ne pas frustrer les patients en attente depuis 1 heure parfois, dans le bruit de l’imprimante à prescriptions! 
Un aveugle se croirait au MacDrive : il passe sa commande et tire son numéro, la caissière l’enregistre dans l’ordinateur et la fait passer en cuisine où l’avalanche de viande tombe des rayons. Les jobeurs courent dans tous les sens pour la ramasser et l’enfiler, par automatisme, dans les cornets « happy meal ». Un volontaire AFS essaie de minimiser le temps d’attente, optimisant ainsi la satisfaction client, en transférant le prêt-à-avaler tout près (presque tout prêt) des friteuses, à droite de la caisse, où l’on parvient déjà tout juste à distinguer ce qui se passe. Un cuisinier agréé contrôle alors la qualité. Si les normes du gavage de masse sont respectées, les paquets sont remis à la femme souriante en casquette qui délivre enfin le client de son attente(,) au deuxième guichet. 
Mais les rencontres et les discussions, au Mac Donald, sont bien plus intéressantes que le travail en lui-même. Au pays des sourires, les pharmaciens ont l’interdiction d’exprimer leur frustration d’être réduit à un robot après 4 ans d’études universitaires. Ce serait trouver un chemin au travers des pendrions qui cachent les coulisses de l’apparence thaï. Le metteur en scène ne se présente jamais au public, l’aparté est strictement contrôlé au nom de la pièce. 
Du coup, l’occidental qui ne vient ni pour voir le vau de ville, ni pour louer le producteur, est le bienvenu au bar des artistes après la représentation. La plupart des comédiens n’ont jamais osé y entrer, certains y passent toutes leurs soirées en cachette, tandis que d’autres, hantés par l’ombre du producteur, n’y vont déjà définitivement plus. 
Ces derniers continueront, sans jamais protester, de jouer dans la pièce intitulée : 
« Vivez sans modération ! Ne vous refusez rien ! T’as bien raison: « Beer, Sex and Rock’n Roll »! Après tout, la vie est courte. Il faut en maximiser le bonheur immédiatement. N’écoute donc pas la prévention de ceux qui ont étudié : le pharmacien aura tous les remèdes dont tu auras besoin pour assumer ta naïveté.» 
 
07.01.2008 
Bonjour à tous après ce long moment d'absence! 
 
A trop soigner les plans avant d'écrire mes textes, et à vouloir écrire sur tout, je n'écris plus rien. Je vis plus d'expériences que je n'ai de temps pour écrire (quoi que ce n'est peut-être qu'une affaire d'efficacité). La mémoire tampon est pleine, et le processeur est trop lent (pour les initiés). 
Bref: Soyons plus efficace (Même si je déteste cette adjectif de toute mes forces.) et écrivons (Je garde mes plans et tout mon carnet de mot-clés d’émotions instantanées pour écrire un roman durant mes vieux jours.): 
 
Comme je m'y attendais, la fin de l'année était glauque. Malgré toute la bonne volonté de la famille d'accueil à fêter Noël, vous m'avez beaucoup manquer. (Je ne parle pas encore du Nouvel-An catastrophique passé à Hong-Kong.) 
Merci beaucoup pour tous vos messages et vos vœux qui m'aident toujours autant! 
 
Mon aventure à l’hôpital continue ! Après mes découvertes pharmaceutiques, j’ai travaillé deux semaines en chirurgie. 
Suivis par une dizaine d’infirmières et quatre chirurgiens, 32 patients de toutes catégories se regardent parmi, dans la même chambre ou plutôt sur le même étage. 
On y trouve des enfants qui découvrent la vie : certains sont recroquevillé sur leur appendice questionnant leur maman du regard, d’autres se baladent entre les lits avec la perfusion brandie en l’air, guéris. Ils ressortiront de là avec la naïveté qui les trompera plus tard. 
Juste à côté, les adultes et les vieux (je fais la distinction exprès): Il y a ceux qui voient leurs destins confirmés, ceux qui sont dans une situation que je ne peux pas expliquer, et les condamnés qui purgent la peine que leur corps leur a infligé après leurs âneries. Pour ces derniers, l’hôpital est un tribunal. L’humain prend conscience de ses erreurs uniquement en dégustant les punitions qu’elles engendrent. (Certains ex-patients me feraient la peau s’ils lisaient ça. Qu’ils attendent mon retour en Suisse et je leur ferai un exposé sur ce que j’entends là. Après ils pourront me casser la gueule, s’ils veulent.) 
A première vue, rien de particulier ne se passe dans ces lits. Juste des patients. Mais en y plongeant un regard plus longtemps, on découvre que de vraies scènes de vie sont en train de se jouer autour de chaque lit. 
Un patient parle avec sa famille. Ils se rassurent en discutant des blessures du voisin qui goûte à la douleur, s’étouffant dans son sang. Le seul qui peut prétendre vivre le moment présent. Pas comme son camarade qui hurle, cherchant Mickey. La morphine lui accorde un temps-mort. Dans tous ces cas, leur expression est criante. Celle qui s’est éteinte chez d’autres qui attendent que la biologie, mécanisme tangible, les ait guéris. Leurs proches assis à côté d’eux, ne font qu’attendre en réfléchissant ardemment aux choses les plus éloignées du contexte, ou simplement existent. 
Ah oui, et puis il y a l’homme du fond. Le plus impressionnant. (La fin de ce paragraphe est dégoûtante, vous êtes prévenu. Je respecte cette homme en tant que tel. J’ai écrit ce qui suit pour faire sentir ce que j’ai perçu à ceux qui sont intéressés.) Celui qui n’a plus que la peau sur les os et qui est déjà traité comme un morceau de viande séchée. Il faut le tourner régulièrement pour éviter les infections, nettoyer les excréments étalés et y répandre une sorte de magnésie que les infirmières jettent avec la même routine qu’on le ferait pour contenir les maladies à l’intérieur d’une fosse commune. On nourrit cette enveloppe charnelle avec des seringues sans aiguilles, remplies de soupes à injecter dans l’orifice que la bouche veut bien ouvrir entre ses lèvres. Elle mâchouille quand elle le veut bien, ou rend tout. Ce vieillard ne semble déjà plus s’en remettre à lui-même. Il n’attend même plus que son système biologique guérisse, il est dans la phase consécutive, l’anti-chambre de la mort. Là où on n’est déjà plus humain. Le dernier fil qui le relie au monde des vivants est la perception, la commande est déjà partie. 
 
Les chirurgiens passent chaque matin visiter ces gens pour noter l’évolution des cas les plus divers : Appendicites, infection interne générale causée par un éclatement de la vessie (Après avoir trop bu, un homme a pris sa moto et s’est cassé la gueule la vessie pleine. La vessie s’est ouverte et tout ce qu’elle contenait s’est répandue dans son abdomen…) ou morsures de serpents (de beaux pouces noires). 
Les cas les plus moches sont certainement les motocyclistes qui roulaient sans casque (En thaïlande, les gens ne voient pas d’intérêt d’en porter un…). Ils ont la tête déformée, la moitié du crâne qui réagit comme une fesse quand on la touche. 
L’autre jour, je regardais une infirmière déballer un pansement au bout du pied d’un patient, sans trop savoir à quoi m’attendre. Rose, rouge, écarlate, de plus en plus de sang. Bon… je m’attendais à voir une cicatrice qui pisse. En fait, sous le pansement, il n’y avait carrément plus de pouce. Qu’une grande plaie ouverte, pas mieux définie qu’un vieux cratère, mi-noire, mi-rouge, comme si un ours avait bouffé le doigt du patient, sauf que c'est le diabete qui s'en est charge. 
 
Voilà pour l’ambiance à l’étage. 
J’y ai aussi fait ma première expérience avec une mort en direct : 40 minutes de massage cardiaque devant l’épouse du patient, aux larmes. Ca a été particulièrement difficile à vivre pour moi. Tout y était, de A à Z : De la vie à la mort, en passant par toutes les étapes. J’ai fait mon possible pour réconforter la pauvre dame, ça m’a permis de contenir mon émotion. 
Là, il y aurait un million de choses à raconter, mais je garde tout ça pour moi ou pour d’éventuelles discussions futures avec vous. 
Les chirurgiens m’ont fait l’immense honneur de m’inviter en salle d’opérations où j’y est vu trois interventions : excision d’un kyste, excision d’un sein infecté avec une tumeur et installation d’un drain dans le thorax. 
The Surger: « Sometimes, it’s so borring to work on the ward. I think it’s much more interesting for you to come and see our operations. So feel free to join us next time.” 
Je compte bien en profiter encore!!! 
 
Aujourd’hui, j’ai commencé aux urgences où je devrais y rester jusqu’à la fin de mon séjour. Soit, environ trois semaines. 
Là aussi, c’est haut en couleur : des réanimations, des mains éclatées, des visages défoncés, mais pas encore de mort (ouf !). 
Je suis même allé chercher un patient en ambulance. Anecdote : Nous étions deux pour s’occuper du patient dans l’ambulance. Ni moi ni l’infirmière ne connaissions l’ambulance. Argh ! J’ai donc fouillé tous les tiroirs pour trouver un bête stéthoscope et surveiller les signes vitaux du patients. Heureusement qu’il n’y avait pas de soins particuliers à prodiguer à cette patiente ! Elle serait probablement dans un autre monde à l’heure qu’il est… ! 
 
Voilà pour aujourd’hui, je ne raconte pas encore mon voyage à Hong-Kong qui a été très révélateur sur la vie thaïlandaise, au travers des voyageurs qui m’entouraient. Il y a des choses répugnantes qui m’ont beaucoup choquées. Là encore, les larmes ont été affreusement difficiles à contenir. L’Asie, c’est vraiment pas tout beau. Il y a des gens surprenants d’immoralité, et les gens biens en souffrent énormément. Je vais réfléchir à une manière de vous raconter ça, par écrit ou autour d’une bière en Suisse très bientôt. 
 
Même si aller chercher des patients en ambulance me plaît sacrément et colle avec mon objectif humanitaire, mes dernières découvertes asiatiques répugnantes m’ont poussé encore plus dans la solitude et j’en ai vraiment marre de ce continent. Voir les coulisses d’un autre monde, c’est intéressant, mais c’est parfois terriblement paniquant quand on est seul à venir d’ailleurs. 
 
Je me réjouis de vous revoir et de vous faire partager mon aventure plus complètement, dans ses pires et ses meilleures lignes. 
(AFS est en train d’organiser mon retour en fonction de mon visa. J’atterrirai à Zürich entre le 25 et le 31 janvier. A bientôt !) 

  
(c) Jérémy Rodeschini - Créé à l'aide de Populus.
Modifié en dernier lieu le 15.02.2008
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