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Les derniers articles de mon sejour

15.01.2008 (a) 
Deux parties aujourd'hui (a et b). Je n'explique pas pourquoi je ne les ai pas nomme simplement "1 et 2" ou "I et II" ou "premiere et deuxieme", ni pourquoi il y en a deux (2). 
 
Il me reste moins de deux semaines ici. J'attends toujours mon billet d'avion et l'excitation est de plus en plus forte a l'idee de vous retrouver. 
Mais je commence aussi a realiser que je vais quitter de bons amis. C'est important de le preciser, car j'ai ete tres critique tout au long de mes recits en parlant des sales tronches, mais il y a aussi, quand-meme, quelques personnes exceptionnelles (Je fais reference a quelques "gens biens qui souffrent", dans mon texte precedent.). Je les remercie d'avoir su communiquer avec moi (que ce soit en anglais ou en thai ;)), de m'avoir accueilli dans leurs groupes d'amis et d'avoir pris soin de moi tout en gardant une consideration respectueuse a mon egard (ce qui a souvent pose probleme avec d'autres qui en sont conscients ou pas).  
... 
Ahhhh... ma pathologie... (Ca fait du bien d'etre humain.) 
... 
 
Je vais tirer le maximum du temps qu'il me reste, mais il faut d'abord que je me repose et mange mes antibiotiques pour tuer une sinusite attrapee en Chine. 
 
Cette premiere semaine aux urgences m'a vraiment donne gout au metier. Les cas sont divers: de la morsure de scolopandre au pied d'un vieillard jusqu'a celle d'un chien au visage d'un enfant (plusieurs cas en un jours) entre une tombee de motocyclistes accidentes (les quels il nous faut reanimer toutes les 30 minutes), le travail ne manque pas et, malgre mes competences tres limitees, il y a du travail pour moi! Nettoyer des plaies, controler les patients agites, "ambubagiser" des inconscients (j'apprends aussi a les reanimer (evaluation et CPR complet), j'ai un examen cette semaine.), porter les blesses vers l'ambulance ou deployer le matosse de celle-ci. (Heuhhh... ah oui et puis l'autre jour, j'etais de nouveau avec une equipe qui ne connaissais pas l'ambulance. Mais cette fois-ci c'etait du serieux: un motocycliste amoche. Personne ne savait comment faire marcher le respirateur! La, un bon cerveau d'electronicien n'etait pas de trop.) 
Bref... ca me botte et je fais peter les heures supp (Quand je ne suis pas malade.)! 
 
La suite, dans la prochaine partie. (Ca parlera d'autopsie.) 
 
15.01.2008 (b) 
L’histoire que je vais raconter la, doit etre la plus marquante que j’ai vecue ici en Thailande. 
La semaine passee, dans la nuit de jeudi a vendredi, une petite fille de 4 mois est decedee a l’hopital. 
-Pour ses parents, je suppose que c’est l’horreur et qu’il n’y a aucun mot pour l’exprimer. Ils vont passer le cap grace a leurs croyances ou grace a autre chose que je ne connais pas. Si ni l’un ni l’autre ne fait l’affaire, ils essaieront d’oublier en se droguant d’evidences et de routines quotidiennes. 
-Pour les medecins-scientifiques-carthesiens-carres, c’est une mort inexpliquee. Et donc tres mauvaise pour leur confort mental. Ils vont se soigner en tachant de trouver la cause de cette extinction des fonctions vitales. “Autopsie, autopsie, ma parole! Et vite!” 
 
Juste avant de commencer l’autopsie de mes souvenirs, voici une petite description du medecin legiste. 
Son visage: un camouflage. 
Sa blague: “Si un jour tu veux tuer quelqu’un, appelle-moi.” 
Son lieu de travail: les urgences avec les vivants. La morgue et toutes les scenes de crimes de la province, avec les morts. 
Les gens qu’il n’aime pas trop: certains patients aux urgences. Et il a bien raison de ne pas trop les aimer. 
Ses cas de mort les plus frequents: overdoses, suicides. 
Ce qu’il n’explique pas: pourquoi il y a autant de travail aux urgences quand il y travaille. 
 
Quelques jours apres avoir rencontre ce monsieur fort etrange mais tres respectable, voila que celui-ci m’invite a l’autopsie d’un nouveau ne dont la mort est consecutive a une vaccination. J’y suis alle. 
 
Apres avoir enfile un tablier, un masque et un filet dans les cheveux, nous voila dans le laboratoire. La petite fille git la, sur une grille posee en dessus d’un entonoir. On croirait qu’elle vit encore, on dirait vraiment qu’elle respire. Trois assistants tournent autour. Ils preparent des instruments et nettoient le corps. Le medecin deguaine son stabilo pour ecrire au mur ses projets. 
 
La suite, je ne l’ecris finalement pas. Je ne la sens pas tres bien. En tout cas pas maintenant. 
Tout ce que je peux dire, c’est qu’une tonne de questions insolvables vous tombent dans la tete dans ces moments la: 
-Comment peut-on penser que l’ame n’existe pas, qu’en fait tout est biologique? 
-Jusqu’ou peut-on fouiner, ethiquement parlant? 
-L’homme s’habitue par nature, mais jusqu’ou? 
 
Fin du texte. 
 
Ce soir, je ne me sens pas bien du tout. J’ai l’impression d’etre completement drogue. Ca doit etre le cumul des antibiotiques, du stress et de l’excitation de rentrer. 
Allez, dodo et ca ira mieux demain. 
 
16.01.2008 
Une precision importante: 
Je suis un jeune homme de 20 ans encore un peu perdu dans sa vie. 
Depuis le 1er novembre 2007, je vis dans un environnement profondement different dans tous ses aspects, a celui qui est le miens. 
 
Posons, cote-a-cote, sur la table, les textes de l'auteur et sa biographie. Et disons: 
 
Au travers de ce site, je ne pretends pas vous presenter de verites quant a la Thailande ou au monde, ni vous faire part de mes conclusions posees et objectives par rapport a mes aventures. 
 
Voyez plutot dans mes textes, les transcriptions non epurees de quelques emotions, perceptions et questions instantannees que genere ce pays etrange dans ma tete. 
C'est a mon avis surtout ca qu'il y a d'interessant. 
 
Ce site n'est donc donc pas du tout un manifeste mais une histoire humaine. 
Tout ce qui se sera passe pendant ce sejour sera un element de ma vie et aura probablement son influence dans mes positions et actions futures. 
Mais tant que je serai ici en Thailande, je n'aurai pas le recul necessaire pour faire de cet element, un pilier fiable pour construire mes opinions. Il me faut attendre de retrouver mon chez moi en Suisse. 
 
Je ne souhaiterais sincerement blesser personne avec des textes qui pourraient parraitre de nouvelles evidences pour moi. 
 
La seule et unique chose dont je suis sur maintenant, c'est que j'ai la marque d'absolument tout ce que j'ai vecu en Suisse, que je suis content d'y avoir vecu et que je me rejouis d'y retourner pour continuer d'y vivre avec encore plus de vecu dans le sac a dos. 
 
17.01.2008 
En vitesse, une petite info croustillante sur un incident qui s'est produit sur un ferry de Hong-Kong a Macau, bateau que j'ai pris quelques jours avant l'incident: 
http://www.french.xinhuanet.com/french/2008-01/12/content_558783.htm 
On dirait que j'ai eu du bol! 
 
19.01.2008 
Apres m'etre battu pendant plus de deux mois dans quelque chose qui a failli devenir un veritable kafka, j'ai enfin obtenu mon billet d'avion de retour! 
J'attends encore le telephone, lundi, de l'agence pour m'assurer que tout est en ordre. Mais ca devrait le faire! 
Je decollerai donc de Bangkok le mardi 29 janvier 2008 a 7h50, pour atterir a Zurich le 30 janvier 2008 a 6h30 apres une escale a Doha. 
Je me rejouis! A bientot! 
 
23.01.2008 
Les photos de décembre sont à présent dispos: Consultez les dernières de l'avant dernier album et celles du plus récent. 
 
27.01.2008 
20kg, pas un de plus ! Ma valise est posée en ce moment-même sur une balance : 15 - 16 kg. Quelques vêtements prendront le bateau et arriveront en Suisse dans une soixantaine de jours. Car il faut garder encore un peu de place pour tous les cadeaux qui tombent des mains de mes amis. 
Ce soir, ce sera les grands « Au revoir ». Je quitterai Lamphun pour Bangkok, aux alentours des 21h avec un train de nuit (sans lits). Ca s’annonce très dure (Je parle bien des « au revoir ».). Ma grande amie sera probablement sortie de l’hôpital, j’espère juste qu’elle sera guérie. 
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Il y a une véritable tornade dans ma tête, qui, exactement comme à mon départ de Suisse, érode sérieusement ma façade inexpressive de drogué occidental (en opposition à drogue murale expressive d’oriental). Cette façade se dresse et s’entretient naturellement en défense de survie contre la merde que sont les intérêts personnels de certains autistes acharnés, bornés et égocentriques. Finalement, construire sa façade est le plus important pour bien des gens (heureusement pas tous) et c’est ce qu’ils adorent aussi appeler : « devenir adulte ». Et ces putains de murs qui nous empêchent de partager ce qu’est ou ce que pourrait être la vie dans toute sa splendeur, ça me fait profondément chier et il faudra que j’apprenne à vivre avec, tout en saisissant la chance que présentera chaque brèche. 
Fin de la fuite. 
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Je viens de passer trois semaines à l’hôpital, absolument idylliques. La médecine d’urgence est un domaine extraordinairement vaste où sciences de la vie, éthique, politique, sociologie et psychologie sont mêlées.  
Bien qu’ils travaillent 7 jours sur 7 entre Lamphun et Bangkok, les médecins gardent la bonne humeur. Ils m’ont traité et acceptés dans leur environnement avec toute la considération que je n’espérais plus : explications pratiques, démonstrations sur tous les terrains, théories et entraînement. En plus, ils n’ont pas fait de leur position un statut plus haut vis-à-vis des autres : j’ai été absolument subjugué d’être invité par des chirurgiens, médecins, docteurs forensiques pharmaciens et infirmières à fêter des évènements avec leur famille, sortir visiter la région ou encore aller dîner au resto. De vrais potes. 
J’ai eu d’excellentes relations aussi avec des patients. Plus particulièrement avec certains enfants : Un jour où je me sentais stressé, seul et déstabilisé, une gamine est arrivée avec une sale blessure au poignet. Pas trop grave mais impressionnante. Terrorisée par sa plaie, par les infirmières aux visages masqués et les outils brillants, aiguisés et bien disposés autour de la poubelle à organes, elles s’est mise à crier, à pleurer, à suffoquer de la même manière que son voisin atteint d’une maladie sérieuse. Embêtant pour suturer son bobo ! 
Sans trop réfléchir et certainement avec dans un élan de folie, je me suis mis à faire le clown et à délirer en thai. Ca a tout de suite pris ! Elle s’est d’abord calmée et petit à petit s’est mise à rigoler et à parler avec les infirmiers. Je dois la remercier, parce qu’en ce jour de stress, ça m’a sacrément calmé aussi. 
Il y a aussi d’autres patients agréables. C’est souvent ceux qui sont dans la M depuis longtemps. Comme un type, l’autre jour, avec une jambe amputée depuis quelques temps. 
Les alcoolos et drogués sont évidemment les moins amusants. 
Tous les jours, les cas sont variés, chacun avec son degré d’urgence. Mais les cas les plus fréquents sont certainement les patients souffrant de pression artérielle trop élevée ou de complications autour de leurs cicatrices. Ce dernier cas s’explique par l’environnement de travail des patients : bien souvent, ce sont des paysans ou artisans qui n’ont pas les moyens de garder leur plaies propres. 
Pas de mort pendant ces trois semaines. 
 
Voilà, je continuerai d’écrire peut-être demain et j’ajouterai des photos (s’il y a un WiFi). Je vais quitter la région tout soudainement. 
 
A tout bientôt ! 
 
29.01.2008 
Et voilà, mon cœur est marqué à jamais par l'amour que m'a offert MeeNong tout particulièrement, mais aussi PeePhung, le personnel médical et tout un tas de thaïs. 
Malheureusement pour tous les racistes de cette planète, j'ai vu maintenant que la bonté humaine ne dépend pas de l'origine, de la couleur de peau ou encore de la culture. Et ce n'est pas juste quelque chose dont je suis persuadé comme certains prosélytistes croient en un absolu très précis borné, mais bien le savoir d’un fait, d’une réalité, d’une vérité pure et dure, la connaissance d’un point élémentaire de l’humanité. Finalement, on dit bien aux patients « Tu peux croire le docteur, il sait de quoi il parle, il a étudié. » Alors je vous dis : « Croyez-moi sur ce point, je sais de quoi je parle, je l’ai vu, je l’ai senti, je l’ai vécu. » 
Tout ce qui fait la variété humaine, ce qui nous différencie les uns des autres, ne peut en aucun cas être un motif de discrimination, ou une raison de refuser considération, dignité, paix et respect. 
Mais attention, à mon sens, cela ne signifie absolument pas que tout être humain mérite ces vertus sans condition. En effet, il n’est pas question de laisser les gens qui sont dignes de ces vertus, se laisser marcher dessus par d’autres. 
En parallèle à l’aide aux personnes dignes et dans le besoin, il va falloir mener une lutte très sérieuse contre les racistes, qu’ils soient simples ferblantiers-couvreurs ou CEO d’une grande marque de chaussure. 
Ceci n’est pas une émotion à chaud, mais un bon résumé d’un des aspects de la conclusion bien réfléchie de ce séjour. 
 
02.02.2551 djét mong krhung tchao 
Jérémy tii nai Switzerland sam wan dtéé mai sanuk. Kron Switzerland thamngaan thamngaan thamngaan. Kron Switzerland phud thuk thuk na tii: "Statistics, trends, salary, work schedule". Jérémy poa toa mac ma. 
Family Jérémy Switzerland and phuan dii dtéé kid thung MeeNong and PeePhung. 
Jérémy bpen huwang: MeeNong tii nai rong payabaan. Mai sabai. 
Switzerland mai loo "tham sabai". Switzerland serious mac ma. 
Jérémy roo sakru, roo sakru! 
 
02.02.2551 hoc mong yen 
Jérémy phud kap MaeNong. MaeNong mai sabai. Djép mac mah. MaeNong phud mai dii. Mii pouat lang and pouat toa. 
PeePhung phud kap Jérémy. Maybe MaeNong mii cancer. Mai dii mai dii mai dii. 
Jérémy mai happy. 
 
10.02.2551 
Wan nee, tuk tuk kron sabai dee. Jérémy mee ruam sug. Sawatdee krap!

  
(c) Jérémy Rodeschini - Créé à l'aide de Populus.
Modifié en dernier lieu le 15.02.2008
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